Français English

Les Femmes et la Ville : histoire des femmes à Marseille des origines à nos jours

Les Femmes et Marseille

Extraits de Marseillaises

Retour à la liste


Quique, Nicoli Joséphine dite la

Marseille, 30.08.1873 - Marseille, 3.02.50


Des dix-huit kiosques de fleurs — neuf de chaque côté — qui peuplaient autrefois le cours Saint-Louis, n‘en reste aujourd'hui qu'un seul, juste en face du magasin de chapeaux « L'Elégante ». Il porte l'enseigne de « La Quique », évoquant le sobriquet affectueux que les femmes de Marseille, notamment les commerçantes, utilisaient familièrement pour s'adresser à une cliente ou à un enfant.

C'est à Gaby Deslys*, première vedette marseillaise du music-hall international, que Joséphine Nicoli, née Roux, bouquetière du kiosque n°13 dès 1885, doit le nom de « La Quique ». La star l'engage pour vendre des fleurs au Grand Casino, où elle donne en 1918 la revue avec Harry Pilcer, et elle lui dit : « Tu ne t'appelleras plus Joséphine mais La Quique ! »

De ce moment-là, les artistes de passage à Marseille prennent l'habitude de se rendre à son kiosque avant d'entrer en scène — « La Quique », c'est comme un porte-bonheur ! — Parmi eux, Mistinguett, Chevalier, Raquel Meller, Scotto, Alibert, Pagnol, Raimu, Delmont, Andrée Turcy*, Gorlett, Réda Caire, Albert Préjean, Claude Dauphin, José Janson, André Luguet, Madeleine Sologne, Charles Trénet, Tino Rossi, Luis Mariano, Edith Piaf, François Périer…qui chantent ou jouent la comédie à l'Alcazar, aux Variétés, à l'Odéon. « La Quique » est toujours à la « première » et au premier rang !

Joséphine a eu deux filles, dont Henriette (d'Onorio), qui tient le célèbre kiosque dès l'age de 13 ans, continuant après sa mère à servir préfecture, police, grandes administrations et à fréquenter des artistes-amis pour qui elle est restée « ma Quique jolie » et «  ma belle Quique ». Elle cède l'établissement en 1978, riche d'innombrables souvenirs, dont celui rapporté par Jean-Baptiste Luppi, son voisin du kiosque de loterie nationale « Le Fétiche ». Lui montrant un jour ses mains percées de trous d'épingle, Joséphine fit ce commentaire : « Et dire que Mayol parlait des mains de femmes et des mains de fleuristes dans sa chanson ! ».


Jacques Bonnadier