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Les Femmes et la Ville : histoire des femmes à Marseille des origines à nos jours

Les Femmes et Marseille

Extraits de Marseillaises

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Poinso-Chapuis, Germaine

Marseille 06.03.1901 - Marseille 20.02.1981


Première Française ministre à part entière, Germaine Marie Joséphine Chapuis est née à Marseille le 6 mars 1901. Ses parents, négociants ardéchois, sont issus de familles rurales dont les membres ont appartenu à l'armée et à la magistrature. Elle fait ses études dans un cours privé, puis chez elle avec l'aide de sa sœur aînée Eugénie, à qui elle restera très attachée. Un religieux ami de la famille lui enseigne le latin. Bachelière à 17 ans, elle étudie le droit à Marseille, puis à Aix-en-Provence avec un succès brillant. Inscrite à vingt ans au barreau de Marseille, elle y est bientôt remarquée pour son éloquence et son efficacité exceptionnelles.

Féministe catholique, elle soutient la création des premiers syndicats féminins et la formation civique des femmes. Suffragiste ardente, elle adhère en 1924 au Parti Démocrate Populaire et devient membre du bureau national. En même temps, au côté de Maître Vidal-Naquet, elle défend les enfants traduits en justice et contribue à la fondation du Comité de protection de l'enfance. En 1936 elle épouse Henri Poinso, avoué, dont elle aura deux fils, nés en 1938 et 1945.

Pendant l'Occupation, Germain Poinso-Chapuis cache et sauve de nombreux juifs ; elle plaide au tribunal pour des communistes, des trotskystes, des résistants. Son cabinet d'avocat devient un lieu de rencontre de la Résistance. Aussi, dès la libération, est-elle auprès de Gaston Defferre, vice-présidente de la délégation municipale de Marseille, où ses interventions énergiques la « lancent » politiquement. Elle adhère alors au Mouvement Républicain Populaire, dont elle devient l'un des principaux leaders. Députée aux deux Constituantes successives, élue ensuite à l'Assemblée Législative en 1946, réélue en 1951, elle est plusieurs fois vice-présidente de l'Assemblée, et présidera diverses Commissions (Famille, Justice, Législation, Santé, Affaires Economiques).

Robert Schuman, président du conseil, lui confie en novembre 1947 le ministère de la Santé Publique et de la Population, qu'elle assume jusqu'en Juillet 1948. Son activité parlementaire est des plus productives. Elle prépare un grand nombre de lois : contre l'alcoolisme et la prostitution ; pour la promotion des femmes et la défense des familles, la réforme des hôpitaux et de l'Assistance Publique, la formation des travailleurs sociaux, le statut des entreprises nationalisées, le contrôle des prix et des ententes ; pour le développement économique en général (Barrage de Serre-Ponçon), etc.

Battue aux élections législatives en 1956, elle renonce en 1959 à son mandat municipal et abandonne les responsabilités politiques. Mais elle reste membre de diverses institutions nationales et internationales (Conseils d'hygiène, de pédopsychiatrie, de Service Social, UNICEF, Haut Comité d'information sur l'alcoolisme). Elle conserve des relations influentes et accomplit des missions à l'étranger.

Désormais, ses principaux efforts sont voués à la protections des inadaptés (son fils aîné souffrait de graves handicaps). Après les Associations Régionales de Sauvegarde de l'Enfance (ARSEA 1943), rassemblées en Union Nationale (UNAR 1949), elle soutient la fondation d'un Centre National et de Centres Régionaux pour l'Enfance et l'Adolescence Inadaptées. Le CREAI de Provence stimule de nombreuses réalisations, dont le centre Saint-Paul, qui place Marseille à la pointe de la recherche dans le domaine de l'épilepsie.

Active jusqu'à ses derniers jours, Germaine Poinso-Chapuis est médaillée de la Résistance, officier de la Légion d'honneur, grand officier du Mérite national, Commandeur de la Santé Publique. Un lycée de Marseille porte son nom.


Yvonne Knibiehler


Bibl. : Germaine Poinso-Chapuis ouvrage édité par le CREAI s.d.
Actes du colloque Germaine Poinso-Chapuis témoin de son temps (à paraître)