Français English

Les Femmes et la Ville : histoire des femmes à Marseille des origines à nos jours

Les Femmes et Marseille

Extraits de Marseillaises

Retour à la liste


Mam'Ega, Ega Françoise Marcelle, dite

Case Pilote 27.11.1920 - Marseille 07.03.1976


Cette abréviation populaire de « Madame Ega » désigne une Martiniquaise qui a marqué le quartier de la Busserine et la littérature des Antilles françaises. Née de Claude Modock, garde-forestier, et de son épouse Déhé Partel , couturière, elle a un frère adoptif et trois soeurs. Titulaire d'un CAP de dactylographie, elle épouse à Paris (8 Mai 1946) Frantz Ega, militaire, né en 1921 à la Martinique dans une famille de dix enfants. Françoise met au monde à Marseille quatre de leurs cinq enfants : Jean-Luc (1952), Christiane (1956), Jean-Pierre (1957) et Jean-Michel (1958). Seul Jean-Marc naît à Madagascar (1954). Catholique pratiquante, Françoise assure l'animation de la catéchèse et de la liturgie dans sa paroisse de Sainte-Claire ; elle coordonne l'équipe de football antillo-guyanaise et participe à la fondation de l'AMITAG et de l'ACSAG (associations culturelles et sportives des antillo-guyanais de Marseille). Travaillant comme animatrice à la maison des jeunes du quartier, elle assure le suivi scolaire des enfants en difficulté, conseille et assiste les familles immigrées dans la rédaction de leurs papiers administratifs. Elle encadre les étudiants antillo-guyanais de l'académie d'Aix-Marseille. Elle participe aussi à la vie politique dans le xive arrondissement, exerce des activités syndicales. Membre du club des poètes, elle signe deux ouvrages qui reflètent sa personnalité généreuse et son engagement au service de sa communauté. Le temps des Madras raconte avec chaleur et émotion son enfance et son adolescence martiniquaises. Dans Lettres à une Noire, ouvrage posthume, elle relate son expérience : voulant connaître de près la condition des jeunes antillaises domestiques à Marseille, elle se fait engager et, de 1962 à 1964, note ses impressions, peu flatteuses pour la majorité des employeurs. Sa joie de vivre et son optimisme l'emportent : « quand cela me chante, je pose sur ma tête mon madras, j'arbore ma robe fleurie à traîne, et je déambule sur la Canebière ! ». L'ouvrage est primé par l'Office chrétien du livre et connaît un retentissement international. Le décès prématuré de Mam'Ega suscite un élan de solidarité : les habitants de sa cité, toutes origines confondues, se cotisent pour que son corps regagne la Martinique. Ses enfants prolongent son œuvre et veillent sur sa mémoire. Une plaque rappelle son rayonnement dans l'Espace culturel Busserine. Son fils aîné est professeur d'anglais à l'Université Antilles-Guyane, le second éducateur à Marseille, sa fille enseigne le français en Guadeloupe et l'avant-dernier fils pratique l'art-thérapie à Marseille. Un comité Mam'Ega s'est créé afin de poursuivre son travail à la Busserine. La Martinique l'honore avec une rue Marcelle Ega à Fort-de-France ; la bibliothèque du centre culturel du Morne-Rouge porte le nom de Françoise Ega.


Catherine Marand-Fouquet


Bibl. : Le temps des Madras, L'Harmattan, réed. 1988 ; Lettres à une Noire, L'Harmattan, 1978. A paraître en 1998 : L'Alizé ne soufflait plus.