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Les Femmes et la Ville : histoire des femmes à Marseille des origines à nos jours

Les Femmes et Marseille

Extraits de Marseillaises

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Les Santonnières

Activité à caractère familial dès le xixe siècle, la fabrication des santons offre aux Marseillaises un champ d'action dans lequel beaucoup excellent. Les premiers noms connus au xixe siècle, quand la fabrication de santons d'argile se diffuse, sont masculins. Ce sont des artisans ou des ouvriers pour lesquels le santon représente un complément de ressources. Les femmes participent toutefois dès les origines à tous les stades d'une fabrication largement domestique. C'est du reste au Carmel d'Avignon que Madeleine d'Odorico, en religion sœur Madeleine de Jesus Maria (1597-1685) aurait fabriqué, la première en Provence, des figurines de crèche.

Au xixe siècle, on sait que Marie Simon travaille avec son mari Antoine (1803-1857), puis, veuve, lui succède. Marie Bosco (1856-1941), veuve en 1903 d'un serrurier, prend la suite de son mari, fabrique et vend des santons presque jusqu'à sa mort. Les santonniers Guégan, les plus anciens à la foire de Marseille, forment une dynastie dont les femmes sont les maillons. Pierre Pagano (1879-1963), papetier d'origine, vend à la foire de Marseille. Son atelier est à Pont-de-l'Etoile. Il y travaille avec sa femme Marie-Louise e et ses trois filles. Deux d'entre elles épousent des santonniers, Chaumery et Malherbe. Marie-Rose Pagano est réputée avoir inventée la « femme à l'aïoli ».

Augustine Monin (1850-1928), veuve en 1893 de Clément Roux, journaliste, est désormais désignée sous le nom de « veuve Roux ». Elle crée de nouveaux santons et remporte en 1898 le premier prix du premier concours des santonniers de l'association félibréenne des Bons Provençaux. Marie Monin (1858-1931), sœur cadette d'Augustine, travaille en étroite association avec son mari Joseph Guichard, tonnelier. Veuve vers 1916, elle continue la fabrication pendant de longues années. La troisième soeur Monin épouse également un santonnier, Etienne Martel, par ailleurs marchand de fer.

Les santonnières des générations suivantes n'héritent pas seulement d'une culture familiale ; elles suivent parfois les cours aux Beaux-Arts. Ainsi les sœurs Gastline*, créatrices de santons en céramique, exposent dans des galeries d'art comme celle de Berthe Samat. Quand l'abbé Sumien, au début du xxe siècle, crée pour des églises des « santons habillés », bien des femmes l'imitent en adaptant les dimensions aux intérieurs ordinaires. Si Marthe Barbaro, continuatrice de Sumien, est mal connue, on sait qu'Emilie Puccinelli-Meinnier (Toulon 1905-Marseille 1974) est une ancienne élève de l'Ecole des Beaux-Arts.

La plupart des santonnières participent à la vente des santons, à la foire de Noël. Le métier, longtemps complémentaire d'un autre gagne-pain, est reconnu comme tel après la seconde guerre mondiale. Vers 1940, le mot de « santonnier » figure sur des actes d'état-civil, « santon » ayant fait son entrée au dictionnaire Larousse en 1912. La créativité des santonnières s'affirme au long des deux siècles d'histoire de ce métier très marseillais, m^me si elles laissent à leurs maris et fils le soin d'incarner la raison sociale de la famille santonnière, identifiée par le patronyme.


Catherine Marand-Fouquet


Bibl.  Bertrand R. « Quand des femmes créent des santons », Marseillaises, les femmes et la ville, Knibiehler et al, Coté Femmes, 1993 ; « Ce petit peuple d'argile. La foire aux santons du xix siècle », Marseille, n°179.