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Les Femmes et la Ville : histoire des femmes à Marseille des origines à nos jours

Les Femmes et Marseille

Extraits de Marseillaises

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La Belle de Mai

Figure mythique dont un quartier de Marseille porte le nom. Le premier jour du mois de mai et les deux ou trois jours suivants, les fillettes des quartiers de Marseille s'adonnaient à la coutume de la Maio ou Belle Maio. Elles choisissaient la plus jolie d'entre elles pour l'élire « reine de mai ».

L'élue était revêtue d'une robe blanche et couronnée de fleurs. On l'installait ensuite à l'angle d'une rue et on l'a juchait sur un siège élevé, décoré de verdure et fleuri, devant une petite table recouverte d'un linge blanc. La jeune fille trônait ainsi, immobile telle une madone, tenant un bouquet dans chaque main.

Les compagnes qui l'entouraient chantaient et faisaient la quête auprès des passants en s'écriant : « Dounas quaucarèn à la belle maio, qu'à tant bono gràci coume vous ! » (Donnez quelque chose à la belle de mai, qui a aussi bonne grâce que vous !). Nostradamus, qui qualifiait la coutume de « très ancienne », notait que la contribution par quelques pièces d'argent se faisait « moyennant un baiser ». La maio et ses amies convertissaient ensuite la menue monnaie récoltée en pâtisseries et friandises diverses qu'elles partageaient au goûter. Certaines sortaient leurs services de « taralettes » et mimaient les cuisinières.

La tradition — qui rappelle les fêtes grecques, romaines, celto-ligures de Maia, symbole de l'éveil de la nature — était répandue jusque dans les années 1930, et pas seulement à Marseille et en Provence. On la rencontrait aussi vivante dans tout le pays d'Oc, en Dauphiné — où le rôle était parfois tenu par un petit garçon déguisé en fille —, dans les Vosges, dans le Jura. Elle se maintient de nos jours en Espagne, singulièrement dans la petite ville de Colmenar, au nord de Madrid, où, une fois dans leur vie, les jeunes filles deviennent des mayas : muées en statues, elles doivent rester toute une journée sans bouger, sans parler et sans rire...

Le quartier de la Belle-de-Mai a connu et pratiqué, comme les autres quartiers de Marseille, cette plaisante coutume. En a-t-il tiré son nom ? Beaucoup l'ont cru. Alfred Saurel récuse cette origine. L'appellation proviendrait d'une vigne mentionnée en 1369 sur son territoire, une vinea bello de mai (une vigne belle de reste). « C'est l'étymologie que nous acceptons, déclare-t-il, jusqu'à ce qu'on nous en fournisse une meilleure ! »


Jacques Bonnadier


Bibl. : Bonnadier J., La Belle-de-Mai au temps des cigarières et des petits bals, Paul Tacussel, 1997. Saurel Alfred, Dictionnaire des villes, villages et hameaux des Bouches-du-Rhône, Marius Olive, 1877.