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Les Femmes et la Ville : histoire des femmes à Marseille des origines à nos jours

Les Femmes et Marseille

Extraits de Marseillaises

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Aristarchè, vers 600 av. J.C.

Figure mythologique grecque qui passe pour être la fondatrice légendaire de Marseille, premier chef religieux de Massalia, colonie de Phocée, première prêtresse de l'Ephéseion (temple d'Artémis). Elle nous est connue uniquement par Strabon, contemporain d'Auguste (Géographie iv, i,4) : « On raconte, en effet, qu'au moment où les Phocéens quittaient le rivage de leur patrie, une parole fut entendue qui leur disait de prendre pour chef de leur expédition l'homme qu'ils recevraient d'Artémis d'Ephèse. Ils cherchèrent comment se procurer le guide prescrit par la déesse. Or, voici qu'Aristarchè, l'une des femmes les plus considérées de cette ville, vit en songe la déesse se dresser devant elle et lui ordonner de s'embarquer avec les Phocéens en prenant avec elle de quoi fonder une succursale. Cet ordre ayant été exécuté, quand les colons atteignirent le terme de leur expédition, ils fondèrent le sanctuaire et honorèrent Aristarchè de la plus haute dignité en la faisant prêtresse... »

Ce texte décrit les rites fondateurs d'une colonie et le nom même d'Aristarchè « excellent début » est chargé de symboles. C'est aussi une des épithètes d'Artémis à Elis. Une parole prophétique révélée sans la consultation de l'oracle, habituelle avant toute colonisation, conseille aux Phocéens de prendre comme chef un hégémon désigné par Artémis d'Ephèse. Or, c'est une femme que la déesse choisit et à qui elle se présente en songe. Strabon ne nous dit pas qu'Aristarchè est déjà prêtresse à Ephèse, mais que c'est une des femmes les plus considérées. Forte de sa vision, elle s'embarque avec les Phocéens munie du nécessaire, pris sur l'autel d'Artémis, pour fonder une succursale religieuse. Il est naturel que les Phocéens, arrivés à bon port, lui assurent la plus haute des distinctions. Sa grande valeur morale et religieuse n'avait-elle pas été reconnue par la déesse elle-même ?

Nous n'avons aucune autre trace de l'existence d'Aristarchè, de son rôle à Ephèse avant l'arrivée des Phocéens, ni ensuite à Marseille, alors que le récit de la fondation même de la cité se retrouve chez Aristote et chez Trogue-Pompée. Aristarchè apparaît dans le texte de Strabon juste après la mention de l'Ephéseion de Marseille, peut-être pour expliquer son existence. A Phocée, la déesse principale est Athéna, ici la déesse poliade est Artémis et le message divin a orienté les Phocéens vers Artémis d'Ephèse. Cette ville a donc joué un grand rôle, au moins sur le plan religieux, dans la fondation de Marseille.

On croyait avoir une trace iconographique de la légende d'Aristarchè, il s'agit d'un fragment de relief trouvé en 1804 à Jonquières, près de Martigues, conservé par l'Académie de Marseille. Il représente une femme, portant sur son épaule une statue emmaillotée, accueillie sur un bateau par un homme. On y a vu l'objet sacré pris au temple d'Ephèse. Une étude récente prouve qu'il s'agit d'Iphigénie, elle aussi une prêtresse d'Artémis, qui quitte la Tauride. Une légende en vaut une autre, mais Marseille y a perdu l'image de sa fondatrice.


Vassiliki Gaggadis-Robin


Bibl. : Pralon Didier, «  Les fondatrices » dans Marseillaises, les femmes et la ville, Coté-femmes, 1993. Gaggadis-Robin V., « Iphigénie à Marseille. Note sur un fragment de sarcophage mal connu », Monuments et Mémoires, Fondation E. Piot 75, 1996.